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Auprès de mon arbre je vivais heureux…

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Auprès de mon arbre je vivais heureux…

 

 

 

Voici deux articles parus dans le quotidien Midi Libre à 58 ans d’intervalle, l’un en 1961, l’autre en 2019. Ces deux articles traitent exactement du même sujet, à savoir l’abattage des arbres sur le territoire communal intra-muros de Marsillargues. Il est intéressant de les comparer pour en dégager la différence de regards, l’approche par rapport au sujet, la destruction du milieu naturel et voir combien évidemment les mentalités ont changé mais pas tant que ça.

La fin d’un géant.

Paul Pastre

Extraits d’article paru dans le quotidien Midi Libre 13 janvier 1961.

« C’est avec un sentiment de regret que nombre de nos com­patriotes ont constaté que la menace qui pesait depuis quelque temps sur la tête du platane de la bascule était mise à exécution…….. »

« Cet arbre magnifique était assez isolé ……. »

« Ce platane géant est donc une victime du progrès et il a fallu huit jours à une équipe expérimentée et bien outillée pour en venir à bout. C’était un géant par ses dimensions peu ordinaires, car il mesurait plus de quatre mètres de circonférence pour un mètre trente de diamètre. Sa masse imposante attirait l’attention des passants et inspirait la prudence aux conducteurs d’autos…… »

« En 1926, on abattit les platanes, situés au nord de la route de Lunel, ainsi que ceux voisins de notre géant qui ceinturaient le Parc. En 1927, les fossés furent recouverts et remplacés par des canalisations souterraines. En 1931 on supprima les platanes situés au sud de la route de Lunel. Le carrefour gagnait en étendue et en visibilité et notre géant plus que tricentenaire voyait chaque jour son isolement grandir. »

« Et c’est par une morne journée d’hiver, à l’aube de l’année 1961 que cet arbre vénérable encore plein de vie s’est couché, sapé dans ses œuvres vives par la pioche et la scie mécanique. Le carrefour de la Bascule a plus que quadruplé en 400 ans mais que de souvenirs des siècles passés se sont évanouis au souffle de la civilisation et du progrès. »

 

« Le désespoir du pépiniériste Éric Dubois »

Extraits d’articles parus dans le Midi Libre septembre 2019.

 

« Sans citer personne et de façon véridique, certains jugent bon d’exhiber sur de superbes ouvrages municipaux (voir article « Le Bilan »  ou effectivement on peut voir une scène d’abattage de platanes dans le paragraphe « Agir » ??), les ignominies qu’ils infligent à la nature et par-delà à notre santé….».

« Comment décider sans comprendre, ni considérer ? »

« Après avoir massacré presque tous les pins… »

« Assassiné le micocoulier… »

« Décimé les arbres des boulevards »

Tout ça pourquoi ?

« Construire des parkings, des immeubles… »

« On installe des climatiseurs…des tonnelles…des aménagements minéraux… » (On bétonne ?).

Et on oublie la joie d’être :

« A l’ombre d’un arbre sur la terrasse d’un café….sur les bancs publics… »

 

Monsieur Pastre, l’humaniste philosophe, versus Monsieur Dubois, le révolté en colère.

M. Pastre.

M. Pastre est un fabuliste comme Esope, il ferait parler les animaux, les arbres, les sources. Pour lui l’arbre c’est un géant, « sur la tête du platane », un être fabuleux, vénérable, remarquable, un génie bienfaisant, « il inspirait la prudence », un ange gardien.

M. Pastre est un sentimental paisible, il éprouve des émotions qui l’affectent,  « C’est avec un sentiment de regret », il l’admire, sensible  à sa beauté solitaire  « Cet arbre magnifique était assez isolé ».

M. Pastre est compatissant, « Ce platane géant est donc une victime du progrès », le progrès destructeur, la souffrance du platane a été trop longue  « il a fallu huit jours à une équipe expérimentée et bien outillée pour en venir à bout. »

M.Pastre triste, est submergé par l’émotion exacerbée par la saison hivernale  «  Et c’est par une morne journée d’hiver… »

M. Pastre accepte et subit le déterminisme du progrès (« victime du progrès »), il comprend que c’est ainsi, c’est navrant, désolant, tout ce que vous voudrez mais c’est ainsi. Aucune révolte, que de la résignation.

Enfin avec la disparition de ce géant, c’est tout un passé qui s’anéantit (« souvenirs des siècles passés se sont évanouis au souffle de la civilisation et du progrès »).

En effaçant le géant du paysage on efface du même coup une partie de l’âme de Marsillargues. Le lien de sympathie du géant avec le territoire communal est rompu à tout jamais.

M. Dubois.

Une pointe de soupçon de romantisme transparent dans son propos, comme prendre l’apéro à l’ombre des arbres, l’agitation des amoureux sur les bancs publics, le sourire des commerçants, tout cela nous touche.

M. Dubois est un homme des Lumières, un homme de raison (« Comment décider sans comprendre, ni considérer ? ») Il faut d’abord essayer de comprendre avant de juger, on juge qu’une chose est bonne ou mauvaise quand on n’arrive pas à comprendre.

Mais surtout M. Dubois est en colère. Lui, ne se résigne pas, il faut lutter contre « les ignominies qu’ils infligent à la nature et par-delà à notre santé (« Après avoir massacré presque tous les pins… » ; « Assassiné le micocoulier… » ; « Décimé les arbres des boulevards »).

Il emploie un lexique militant d’où se dégage une certaine virulence, loin de la sérénité de M. Pastre qui n’accuse personne, sauf le progrès.

Discours de militant écologique, mobilisateur (celui d’un homme inquiet, et à juste titre, pour l’avenir de la planète), que ne pouvait pas tenir M.Pastre en son temps car, dans le contexte socio-économique de son époque, la pensée dominante était celle d’une foi inébranlable dans le progrès et la voix de ceux qui, comme lui,  pressentaient déjà avec une certaine sagesse des lendemains moins radieux avait du mal à se faire entendre.

Conclusion :

Figure au bilan de la commune l’abattage de 80 platanes dont 11 boulevard de la République. En compensation le jardin d’enfants a été reboisé, et les boulevards le seront en fin d’année 2019. A voir.

A noter que l’abattage des arbres n’est pas une activité nouvelle.

Mais cette pratique est devenue de caractère totalement néo-libérale qui consiste entre autres à exercer un mouvement de destruction, déplacement (objets, animaux, végétaux, minéraux, humains) pour faire de la place et valoriser l’espace ainsi conquis.  On a abattu 80 arbres, mais c’est n’est pas grave on va vous en planter 80 ailleurs, et vous verrez ce sera plus beau, tout ça dans votre intérêt.  On a détruit la campagne, animaux, végétaux, on a fait des trous béants, on a incendié la forêt, on a inondé la terre de poisons mortels, pour bâtir, pour cultiver, pour faire du commerce, pour s’amuser.

Mais ce n’est pas grave, on va vous faire un arboretum du tonnerre sur 5, 10 hectares, plus beau que nature, on n’a plus de lynx, plus de grenouilles, plus de chardonnerets, on va vous faire un zoo où vous pourrez admirer ces espèces disparues d’une manière virtuelle avec vidéo, vous pourrez même écouter le chant des oiseaux, ce n’est pas beau ça ? Cela ne vous coûtera que 10 € l’entrée, gratuit pour les enfants de moins de 8 ans, merci c’est sympa !

Parce que le libéralisme c’est un système gagnant !

Parce qu’il faut payer pour bénéficier de tous les biens qu’on vous a volés ou détruits, et tout ça en vous faisant croire que c’est pour votre bien-être, et que si vous n’appréciez pas, c’est que vous n’avez rien compris au progrès, vous êtes une espèce décadente, ingrate aux efforts que l’on fait pour faire parvenir au bonheur.

L’alibi des casseurs, des dévastateurs, des ravageurs, des barbares c’est toujours le même, si on fait ça c’est dans votre intérêt, pour améliorer votre confort, pour vous permettre de toucher du doigt le bonheur tant espéré, mais ce confort, il se paie cher, de plus en plus cher, car de plus en plus rare, à tel point que nos enfants ne pourront plus se le payer et on les accusera d’être anti-progressistes, donc inutiles.

Mais alors se peut-il qu’il y ait des destructions légitimes, oui bien sûr. Quand vous êtes infecté par un virus, vous êtes bien content de l’avoir combattu et de l’avoir éradiqué. En vous sauvant, vous vous maintenez en vie et en même temps vous n’infectez pas les autres. Alors, n’aurait-il pas été possible d’agir autrement et de préserver les arbres qui n’avaient pas encore contracté la maladie ? Était-ce déjà trop tard pour ces derniers ? Étaient-ils déjà condamnés ? A chacun de se faire sa propre opinion et chacun se positionnera au final en fonction des arguments qui lui auront semblé les plus convaincants.

Toutefois, au bout du compte, n’oublions pas que beaucoup d’atteintes à la nature sont condamnables et, comme dit M. Dubois, elles ne sont pas respectables ; nous faisons partie intégrante de la nature, la nature c’est nous ; le vieux débat nature-culture paraît aujourd’hui bien suranné, dépassé et quand nous agressons la nature, nous nous blessons nous-mêmes, … oui, mais jusqu’à quand sans en payer le prix fort ?

 

Marsillargues Renouveau. 23 septembre 2019.

Pour en savoir plus :

Article de M. Pastre « La fin d’un géant »

Article du Midi Libre E.Dubois

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